L’emploi et les métiers d’avenir dans l’industrie du futur – Interview

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Nous vous proposons de découvrir une passionnante interview de Jacques Fayolle, président de la CDEFI (Conférences des Directeurs des Ecoles Françaises d’Ingénieurs) et Directeur de Télécom Saint-Etienne, une école d’Ingénieurs spécialisée en Technologie de l’Information et de la Communication. Cette interview a été réalisée dans le cadre de notre Dossier premium : “L’emploi et les métiers d’avenir dans l’industrie du futur”. 

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Industrie du futur et évolution des formations

 

Concerto RH : Quels sont les nouveaux enjeux de l’ingénierie et de l’industrie du futur auxquelles les formations d’ingénieurs doivent penser à répondre ?

J. Fayolle : “J’identifie deux tendances différentes. Dans un premier temps l’industrie du futur avec pour problématiques l’intelligence artificielle embarquée dans tous types de produits manufacturés, l’apport du multimédia sur les chaînes de production (réalité virtuelle, data, vision, métrologie…) et l’aspect interdisciplinaire (biomimétisme, etc).

Puis il y a le travail sur le corps humain, avec la question de l’Homme augmenté. Des progrès qui concernent autant le palliatif, que le préventif : détection des épidémies grâce au flux de données sur les moteurs de recherche, réalisation de greffes numériques, etc. On ne parle plus seulement de robotique, mais de cobotique, la collaboration et interaction directe homme-robot.”

 

Concerto RH : Quels liens entretiennent les écoles avec les entreprises et leurs besoins en compétences ? 

J. Fayolle : “Le travail d’une école professionnalisante comme la notre, c’est d’être l’interface entre les appétences des jeunes et celles des entreprises. Nous sommes donc en veille perpétuelle bien sûr, et nous améliorons chaque année nos formations. L’idée que nous pensons déjà à concevoir nos formations pour 2030, ce n’est pas réaliste. Il existe une sorte de fantasme d’une révolution de l’industrie du futur, alors qu’il s’agit en fait d’une évolution perpétuelle et progressive, qui s’anticipe d’années en années.

Nous conservons dans nos formations un socle de savoir-faire « traditionnel » que nous essayons de transmettre à nos étudiants : travailler en mode projets, être collaboratif et agile, savoir prendre du recul, être rigoureux et ouvert d’esprit, etc. Sur ce socle nous ajoutons un certains nombres de compétences techniques spécifiques, qui évoluent. Par exemple, l’année dernière nous avons intégré les problématiques de gestion de données sémantiques et data analysis.”

 

Concerto RH : Nous ressentons une forte pénurie de profils techniques qualifiés en France. Comment le quantifiez-vous ? Et quels moyens sont mis en œuvre pour y remédier ?

J. Fayolle : “Au vu de la vitesse de placement de nos étudiants et en observant les chiffres de la création d’emploi, nous estimons qu’il pourrait y avoir 10 000 ingénieurs de plus diplômés chaque année en France. Pour l’emploi dans les métiers de l’industrie numérique en Auvergne-Rhône-Alpes, tous niveaux confondus (techniciens, cadres, etc), il manque environs 5 000 personnes qualifiées.

Nous cherchons donc à nous développer, à former plus et avec un niveau de qualité toujours optimal.  Il y a trois leviers pour augmenter la formation : l’appui de l’état, l’appui des entreprises (alternance) et la création de formations privées. Il y aujourd’hui 135 000 étudiants dans les  écoles d’ingénieurs françaises. Ce chiffres est en augmentation de 3 à 4% par an. Les bacheliers qui entrent dans une formation supérieure sont eux en augmentation de 7 à 8% chaque année. La tendance doit se poursuivre compte tenu de nos excellents taux d’insertion professionnelle.”

 

3 conseils carrière dans l’industrie 

– par Jacques Fayolle 

  • Pour un élève en cours d’orientation :

Mon conseil principal est de choisir un métier dont on a la certitude qu’il peut évoluer dans le temps, ce sont là les métiers d’avenir. L’idéal est de choisir dès le départ une formation qui offre un socle de compétences fondamentales, permettant par la suite d’avoir la capacité à continuer de se former tout au long de sa carrière. Les mathématiques par exemple, font partie des matières qui permettent cela, parce qu’elles donnent une certaine forme globale de représentation du monde et des choses.  L’un des plus importants secteurs d’avenir ce sont les Biosciences ! Mon conseil serait donc de choisir une spécialité bio et une spécialité numérique, afin de se préparer à un métier dans ce secteur.

  • Pour un jeune ingénieur qui arrive sur le marché :

Ce sera un conseil de père de famille : choisir un poste qui vous plaît, pas celui qui rémunère le mieux.  Le travail est une part très importante de notre vie, surtout quand on est cadres, il ne faut pas qu’il devienne une contrainte. Vous devez vous sentir bien dans votre fonction, pouvoir assumer vos choix, trouver du sens dans votre mission.  Si vous gagnez un peu moins bien votre vie mais que vous vivez chaque jour votre passion, c’est bien mieux. Mon conseil est donc de bien regarder les missions du poste lorsqu’on choisit son premier emploi.

  • Pour une personne plus expérimentée :

Le numérique est la clé. Il faut avoir d’autres compétences bien sûr, mais le numérique ouvre bien des portes. Il existe donc désormais des solutions de formations continues pour les personnes qui ont 10/20/30 ans d’expérience.

 

Les nouveaux métiers de l’industrie du futur

– par Jacques Fayolle 

  • La gestion de la vie on line 

Nous avons tous fait l’expérience d’une coupure de courant ou de réseau dans une entreprise, au bout de deux minutes tous les collaborateurs sont dans le couloir car ils ne peuvent plus travailler. Nous avons donc créé des besoins et il faudra de nouvelles personnes pour les gérer.  J’aime bien l’exemple du “Croque mort numérique” et de “l’éboueur du web”, des spécialistes du nettoyage des infrastructures internet, qui supprimeront les données devenues inutiles. C’est évident quand on y pense et il ne s’agit pas forcément d’une technologie très avancée. Nous avons créé un monde parallèle avec notre vie sur internet. Le nettoyage des données va devenir indispensable, sinon nous allons étouffer sous tout un tas de scories inutiles.

  • Le boom des biosciences 

Les exemples un peu fous pullulent pour montrer l’apport de la biologie, couplée au numérique, dans les progrès de l’industrie et de la santé :

  • Dans 10 ans, nous serons capables de rendre la vue à une personne qui l’a perdu, en lui greffant une caméra dans le cerveau.
  • Les futurs ordinateurs seront quantiques avec des neurones vivants.
  • Des ingénieurs travaillent sur des techniques pour mimer la peau du requin dans l’eau et rendre ainsi un piston de voiture moins contraint aux frictions. Cela lui permet de consommer moins d’énergie pour fonctionner, et donc de créer des voitures qui consomment moins également.
  • L’interaction entre bio et numérique a permis de montrer que lors d’une greffe de la main, il n’est pas forcément nécessaire de raccorder chaque nerf au bon endroit. Les études numériques ont montré que le cerveau prend le contrôle s’adapte au bout d’un court temps de rééducation.

Il existe d’innombrables champs inexplorés dans les biosciences et le biomimétisme. C’est un secteur d’avenir, pour des métiers de pointe et de recherches, mais pas que…